FALIKOU — La mort expliquée aux enfants

Ce livre illustré est initialement destiné aux parents d’enfants en soins palliatifs afin de les aider à accompagner ces dernier dans ce que « fin de vie » peut vouloir dire, sans jamais prononcer ces mots, trop abstraits et violents pour ces si jeunes êtres humains. La force de ce livre réside en ce que son auteur, Catherine Loëdec, a écrit ce conte pour son fils, Tristan, que la maladie a finalement emporté.

En quelques phrases, il s’agit d’une histoire dans laquelle un jeune enfant dénommé Falikou, troisième d’une fratrie de sept, découvre un jour un chemin mystérieux qui semble s’imposer à lui. Evoquant ce chemin auprès de ses parents, il comprend alors rapidement, à travers leurs réponses, qu’il ne pourra faire autrement que d’emprunter cette route… et s’en aller pour toujours.

L’intérêt premier de cet ouvrage est qu’il donne, aux parents comme à l’enfant, un support sur lequel s’appuyer, un point de départ pouvant amorcer une discussion et un point d’ancrage auquel il sera facile de revenir. Lire ce livre avec et à son enfant, c’est s’engager, à travers le filtre d’une histoire, dans l’accompagnement de la mort de son enfant. Mais c’est le faire dans la sécurité d’une histoire construite sous forme de conte, dont tous les codes sont respectés (phrases simples, courtes, douces, laissant toute la place à l’imaginaire de l’enfant) et qui est une forme littéraire offrant un cadre déjà bien connu de l’enfant et donc un cadre paradoxalement rassurant, tant pour l’enfant que pour l’adulte.

Ensuite, le second intérêt est l’ensemble des questions que ce livre pose de prime-abord, directement à travers les personnages. Par exemple, et dès qu’il a compris qu’emprunter ce chemin inconnu sera inévitable, Falikou se demande « si sa maman aura un autre enfant pour le remplacer », ou bien encore « si sa mère et son père ne vont pas l’oublier ». Ainsi, l’enfant malade, par association d’idées aux questions déjà posées dans le conte, peut exprimer ses interrogations, ses craintes. Et les parents, utilisant le conte comme support, peuvent plus facilement trouver une forme de sérénité ainsi qu’une assurance dans les réponses qu’ils feront à leur enfant, permettant un échange adoucit et quelque part, une certaine réassurance à double sens : de l’enfant par les parents à travers cette histoire, des parents par l’enfant à travers sa compréhension de sa propre histoire.

Enfin, le troisième intérêt réside en les illustrations, faites par Jörg, qui sont d’une juste douceur et suggestivité, permettant simultanément à l’enfant de laisser libre cours à son imagination, dans un univers cadré d’images rassurantes. Et notamment l’image de « fin », image venant acter le drame de la fin de vie d’un enfant malade, a été pensé comme celle d’un au-revoir, dont le souvenir semble déjà doux à chacun des personnages s’y trouvant. Dans le soleil couchant, la mère et le père, enlacés au premier plan, sourires aux lèvres, regardent tendrement Falikou, déjà bien engagé sur ce mystérieux chemin, qui vient de se retourner pour leur faire un dernier signe de la main. Les expressions du visages, les formes, les couleurs,… tout appelle à l’apaisement du (des) lecteur(s). Et même si l’issu à cette histoire ne laisse malheureusement aucune place à l’imagination, c’est ainsi serein que les parents et l’enfant peuvent ensemble l’aborder.

Voici donc, en quelques lignes, la présentation de ce livre qui, dans ces situations extrêmes, permet de poser la base d’un accompagnement apaisé et apaisant.